Maladies inflammatoires de l'intestin : le rôle prometteur des traitements antifongiques
Selon une étude préliminaire menée par des chercheurs de Weill Cornell Medicine et publiée le 1er septembre dans Nature Medicine, un antifongique courant — le fluconazole — pourrait atténuer les…

Selon une étude préliminaire menée par des chercheurs de Weill Cornell Medicine et publiée le 1er septembre dans Nature Medicine, un antifongique courant — le fluconazole — pourrait atténuer les symptômes de la maladie de Crohn ou de la rectocolite hémorragique chez des patients présentant par ailleurs une candidose buccale. Sur 53 participants, ceux ayant reçu le traitement systémique ont vu leur charge intestinale en Candida diminuer, leur diversité bactérienne augmenter et leur production de butyrate se restaurer. Ces résultats, à confirmer par des essais contrôlés, ouvrent pour la première fois la dysbiose fongique comme cible thérapeutique dans les MICI.
Une cible fongique, pas seulement bactérienne
Le raisonnement repose sur une observation antérieure du même laboratoire: une partie des patients atteints de MICI héberge une prolifération intestinale de Candida albicans. Cette levure produit une toxine, la candidalysine, capable d'altérer les cellules épithéliales intestinales et de déclencher une réponse inflammatoire locale. En réduisant la charge fongique sur l'ensemble du tube digestif, le fluconazole semble lever un frein à la recolonisation bactérienne bénéfique. Pour les auteurs, il s'agit donc de restaurer un équilibre global du microbiote, et non plus de traiter les seules communautés bactériennes.
Deux semaines de traitement, des effets mesurables
L'essai a comparé deux antifongiques: un bain de bouche de nystatine, actif localement, et le fluconazole, qui circule dans tout l'organisme. Seuls les patients sous fluconazole ont présenté une amélioration clinique, associée à plusieurs marqueurs physiologiques précis:
- une hausse de la diversité bactérienne intestinale;
- une restauration de la production de butyrate, acide gras à effet anti-inflammatoire connu;
- une réduction de l'activité clinique de la maladie, mesurée par les scores standards.
La nystatine, limitée à la sphère buccale, n'a pas reproduit ces effets. C'est donc bien l'action systémique sur le tube digestif qui paraît déterminante, et non le simple traitement de la candidose orale.
Ce qu'il convient de retenir en pratique
Aucun protocole validé ne permet aujourd'hui de reproduire ces résultats en automédication. Plusieurs points méritent néanmoins l'attention:
- ne pas confondre candidose buccale récurrente et candidose intestinale: la première peut signaler un déséquilibre plus profond du microbiote;
- éviter les antifongiques en vente libre sans bilan préalable, leur usage répété risquant d'altérer la flore résiduelle;
- surveiller, en cas de MICI, les signes d'une surcroissance fongique: mycoses à répétition, ballonnements persistants, fatigue postprandiale;
- discuter avec son praticien de l'intérêt d'un bilan du mycobiote, encore peu diffusé mais pertinent dans les formes réfractaires aux traitements classiques.
L'étude, fruit de plus de dix ans de travaux sur l'interaction entre champignons intestinaux et système immunitaire, pose les bases de futures thérapies de précision guidées par le mycobiote. Les chercheurs eux-mêmes rappellent que ces données préliminaires devront être validées par des essais de plus grande ampleur avant toute intégration aux protocoles de soin.
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