Compléments alimentaires : les risques méconnus pour votre foie
On en parle comme d'un réflexe de « bonne santé »: un comprimé pour l'énergie, un autre pour la peau, un troisième pour les défenses immunitaires… et l'armoire à pharmacie qui se transforme peu à peu en pharmacie de comptoir.

Mais comme le rapporte Top Santé dans un article publié mi-juillet, les hépatologues tirent la sonnette d'alarme: certains compléments alimentaires, pris sans suivi, peuvent fragiliser le foie. Une réalité qui concerne directement toutes celles et ceux qui misent sur le naturel pour soutenir leur vitalité.
Le malentendu du « naturel = sans danger »
Derrière ce réflexe, il y a une croyance profondément enracinée: si c'est en vente libre et d'origine naturelle, c'est forcément anodin. Le Dr James Park, chef du service d'hépatologie au North Shore University Hospital, le résume sans détour auprès du magazine Parade: « La plupart des gens pensent que naturel signifie sans danger, mais votre foie traite chaque complément alimentaire que vous avalez. » Une étude relayée par Top Santé montre d'ailleurs que les cas d'insuffisance hépatique liés aux compléments alimentaires ont été multipliés par huit entre 1995 et 2020. Ce n'est pas une statistique pour faire peur: c'est un signal que quelque chose, dans notre manière de consommer, a changé de rythme.
Dans ma pratique, je vois souvent des personnes qui, avec les meilleures intentions du monde, superposent les gélules au fil des saisons. Une multivitamine le matin, un complexe « peau-cheveux-ongles » à midi, une cure « immunité » en cas de fatigue passagère. Trois objectifs, trois produits… et parfois un seul organe qui trinque en silence: le foie. C'est lui qui filtre, transforme, stocke. C'est précisément parce qu'il absorbe tout ce que nous avalons qu'il devient la première sentinelle de nos excès.
La vitamine A, un nutriment à respecter
Parmi tous les compléments, celui qui concentre aujourd'hui l'attention des spécialistes, c'est la vitamine A. Le Dr Varun Saxena, hépatologue spécialisé dans les transplantations, rappelle que prise à fortes doses sans carence avérée, elle s'accumule dans le foie. On parle ici d'un continuum: simple dépôt de graisse hépatique d'abord, puis fibrose avancée (cirrhose), et dans les cas les plus sévères, insuffisance hépatique terminale nécessitant une transplantation. Le seuil d'alerte se situe au-delà de 10 000 unités internationales par jour, soit environ 3 000 microgrammes d'équivalent rétinol — une limite que l'on peut dépasser sans s'en rendre compte, justement parce que la vitamine A se cache dans plusieurs formulations courantes.
C'est tout l'enjeu: la vitamine A n'est pas un « méchant » à diaboliser. Elle est essentielle à la vision, à la peau, à l'immunité. Mais comme souvent en hygiène de vie, c'est la dose et l'accumulation qui font la différence entre un allié et un fardeau pour le foie.
Une première étape simple à mettre en place
Avant de remettre en question l'ensemble de vos habitudes, commencez par un geste très concret: sortez tous vos compléments de leur boîte, alignez-les sur la table de la cuisine, et additionnez les apports en vitamine A indiqués sur chaque étiquette. Si le total dépasse les repères quotidiens recommandés, il y a un palier à ajuster. Notez aussi la forme de vitamine A utilisée: le rétinol préformé est celui qui s'accumule le plus, contrairement au bêta-carotène, que l'organisme régule plus naturellement.
L'idée n'est pas de tout arrêter, mais de retrouver un rythme plus juste. En naturopathie, on parle souvent d'ancrage: savoir ce que l'on prend, pourquoi on le prend, et pendant combien de temps. Un complément alimentaire peut avoir sa place dans une stratégie de vitalité, à condition qu'il réponde à un besoin réel et qu'il soit revisité régulièrement. Le foie, lui, vous remerciera de cette modération retrouvée.